
ce canyon, c'est un peu le Nicolas et Carla du canyon, tout le monde en parle
parmis les nombreuses différences, néanmoins, il y a le fait que là, ça vaut vraiment le coup d'en parler!
Pour nous tous, gens équilibrés qui vivons de sandwichs et d'eau froide, ça a commencé par un SMS passablement hystérique diffusé à la moitié de la planète (moi exclue, merci Stéphane!). Un texte genre:
"marche d'approche 30 minutes 4h de descente, 40 cascades 20 sauts encaissement, continuité, la plus belle descente d'Europe ou presque ou du monde, ou de Suisse, c'est la foliiiiiiie!" Forcément ça donne envie. Surtout quand ça émane de Caracal qui, s'il est la référence inconstestée dans le domaine de la sur-bouse et du sous-canyon a aussi à son actif une bonne pelletée de descentes majeures.
Tout Morbegno était en ébullition, Stéphane arrive, je lui saute dessus (auh, en toute chasteté, mais de façon néanmoins des plus intéressées) et me voilà avec le topo, une carte d'accès et des indications de débit...
débit idéal: dans les 80 l/s
l'écume ne doit pas couvrir plus de la moitié de la première vasque (sous peine de ne pas arriver à éviter le siphon)
repérage la veille au soir...
"- bon à votre avis, regardez la cascade, en combien de secondes vous remplissez une baignoire?
- c'est quoi ton histoire de baignoire?
- tais-toi et compte!"
autre indication donnée par Stéphane:
l'encaissement du début, vu du pont, fait un peu peur, mais faut pas s'en faire ça passe bien en fait on évite toujours les mouvements d'eau je confirme, c'est super impressionnant !


Il faut dire que nous formions une équipe de choc:
Cathy, super-Cathy, que des qualités, mais un peu claustrophobe dans les encaissements surtout quand y'a du bouillon... d'ailleurs elle aime pas le bouillon. Dommage....
Fred, qui est super motivé par cette descente, mais a un peu oublié, en un an sans pratiquer, ses manips de cordes de l'an dernier
Nico, star internationale dans le domaine du "mais pourquoi il descend dans la cascade alors que je lui ai dit de l'éviter... mais il part dans le drossage ce con... mais ressors bordel j'ai pas envie d'aller te chercher moi...comment ça tu t'es dit que descendre en toboggan ce serait plus RIGOLO????"
Laurent, adepte des pendules acrobatiques pour éviter de se mouiller ne serait-ce que les pieds, avec option retour dans l'eau en glissade non contrôlée
moi, adepte du "euh, y'a un peu de blanc au pied de la cascade, Jan, tu y vas?"

bref, une équipe tout à fait adaptée à ... d'autres canyons!
mais j'étais tellement motivée pour faire cette descente que je me suis dit qu'il fallait y aller, point barre
On a adopté une méthode pas trop habituelle et peut-être pas super gratifiante pour Cathy
- je passais devant, j'installais la corde, je jetai éventuellement un coup d'oeil en bas
- Cathy se mettait à la tête de relai pour intervenir au cas où et je descendais avec juste la sécu kayak dans la combi, et éventuellement un kit boule si ça n'avait pas l'air de pulser en bas
- Cathy faisait descendre l'équipe, envoyait les sacs en téléphérique, désinstallait et descendait
avec des variantes plus rapides quand même dès que ça n'était pas technique et qu'il n'y avait pas de mouvements d'eau
Tout cela, à défaut d'être des plus rapide, fonctionnait ma foi bien, et en toute sécurité
à part deux cafouillages peut-être...
La désinstallation du guidé... j'avais fait de grands signes désespérés à Cathy, pour lui dire de ralonger le brin de descente, qui était aussi celui de rappel... sans succès... donc après avoir fait passer toute l'équipe, je l'ai débrayée sauvagement (et plouf dans le drossage en lui criant de garder la corde...
hélas trois fois hélas.... la corde est repartie dans la vasque, me laissant 2 alternatives:
- remonter 20 mètres sur le brin de guidage (euh pas envie!)
- laisser à Cathy découvrir les joies du coupage de corde
c'est con, une corde toute neuve... jamais encore posée auparavant!


bon, ça arrive, hein!
toujours est-il qu'une fois remis de nos émotions, nous arrivons au passage le plus étrange du canyon, celui où on se dit "bon, on m'a dit que ça passait, donc ça doit bien aller quelquepart"
Etrange, vous avez dit étrange?
En fait le canyon fait une chicane (Putain, en Suisse y'a des ralentisseurs même dans les canyons!), un bizarre coude à gauche.
Sauf que quand on arrive en haut du rappel, on voit l'eau s'éclater en face contre la roche dans un magnifique drossage, et la vasque qui n'est qu'un énorme contre-courant vous ramenant sous la cascade puis dans le drossage sus-nommé...
mais de sortie: rien, que dalle, nada!
Donc là, n'écoutant que mon courage, et dotée d'infos de premier choix je me suis dit, s'ils sont passés, et ressortis, c'est que ça passe...
MAIS C'EST QUOI CE BORDEL?
N'écoutant que mon courage, donc, je suis descendue de deux mètres sur la corde... pour voir cette fameuse chicane à gauche, et même une sympathique margelle permettant de prendre pied hors de la vasque sans même y mettre les pieds (euh si je suis pas claire, vous m'arrêtez!)
Donc tout ça pour dire qu'on passait sous le jet tranquillou, nickel, super génial, même pas secoué??


(note de moi: les photos au dessus n'ont rien à voir avec l'histoire, mais je trouvais que sinon ça faisait trop de blabla sans photos et j'avais plus de photos du haut car l'immense majorité est ratée, n'est-ce-pas, Laurent???) Même pas secoué? C'était sans compter un village d'irréductibles Gaulois qui...euh, non je la refais:
c'était sans compter mon sac, qui n'a pas voulu s'accrocher sur la corde poru descendre en téléphérique... et est parti dans le bouillon, accompagné d'un MERDE Cathyesque.

Et là, c'était l'heure des choix...
le sac tournait dans le contre-courant, plongeait, ressortait du drossage, repartait...
ne s'approchait pas de moi, de l'autre coté de la cascade...
je l'ignore, des fois ça marche, ils reviennent, il parait (en tous cas avec les mecs... euh, non, j'ai rien diiiit!)
le groupe descend
le sac tourne toujours
BOOOON...
j'y vais ou on sacrifie encore du matos...et le pique-nique?
Bon, on va essayer de sauver le pique-nique...
je m'encorde, demande à Laurent et Fred de jouer les pécheurs sur le bord, réussis à passer derrière la cascade à peu près paisiblement, mets la main sur le sac et..
pars au fond de la vasque, sous le jet. En une fraction de seconde
Je bois la tasse du siècle, me fais bien retourner la tête et j'émerge quelques secondes plus tard
Merci Fred, Merci Laurent!

Juste après, nous arrivions au captage, où nous attendait Henri, qui n'avait pas été super motivé par la vue de débit la veille
Tout de suite, les choses deviennent bien plus calmes...
presque plus d'eau, moins de bruit, moins de stress....
On peut encore mieux admirer les creusements dantesques de la roche
Au fur et à mesure on croise de nombreuses résurgences, donc le débit va croissant. La plus mignonne, repérée par Fred d'un "oh, un caillou qui fait pipi" est celle de cette vidéo:
http://video.google.com/videoplay?docid=8014448474282207547&q=source:000841940987985414123&hl=fr
c'est toujours aussi beau, mais c'est un peu long quand même car, confiants dans notre capacité à courir en canyon, nous nous étions préparés mentalement et nutritionnellement (un beau mot pour dire: on a faim!) pour 4 et non pas 7 heures de descente, dans un eau vraiment froide
N'empèche, ça vaut largement le coup de se geler un peu, car c'est vraiment de toute beauté.
A réserver quand même préférentiellement, du moins pour la partie haute, à des groupes un peu plus à l'aise pour le faire d'une façon plus cool et plus rapide.
en tous cas, un immense merci à Stéphane Coté (Caracal) pour avoir redécouvert cette descente maintenue dans le secret!
Je ne sais pas pourquoi elle n'a jamais été publiée, un esprit de clocher à la con probablement, dommage pour nous jusqu'à présent... et tant mieux à partir de maintenant!
Certainement une des plus belles descentes d'Europe, s'il fallait faire un classement. Un bijou, très clairement!